Poussiéreux portrait

 

Sur deux murs, alignés en sage théorie,
La foule des portraits borde la galerie.
Etrangers inconnus frôlés distraitement,
Ils défilent à ma vue indistinctement.

Au passage cependant, l’un d’eux m’interpelle,
Belle femme anonyme faite de pastel.
Mais qu’est-ce donc cela qui la rend si présente ?
Fraîche, délicate, là, palpable, vivante.

Elle frémit sous une lumière subtile
Et les grains de matière au velouté fragile
Deviennent grain, sensuel, de peau minérale;
Palpitation! presque! séduisante, immorale.

Illusion des sens ainsi celle de l’esprit
Qui pour réalité l’apparence auront pris !
Tout comme de la vie le miracle éphémère
Ce visage vécu reviendra à la terre.

Tu n’étais que poussière et tu restes poussière,
Pour n’être que bientôt autre chose que poussière !
Poussière de couleurs, amalgame gracieux,
De la poudre, rien de plus, de la poudre aux yeux.