Le blanc de l’œil, le blanc du tableau

 

 

Il est un drap de lin recouvert d’un apprêt
Sur un cadre tendu, anxieux de son après.
Un chevalet le porte où il attend son heure,
Moment venu de son bon ou de son malheur.

Quand se pose alors cette parcelle d’image
Que les soies d’un pinceau laissent comme héritage
De sensations secrètes partie indicible,
Se joue, avec d’autres, la magie du visible.

Couleurs de la terre ou transparences de l’air,
Nuances d’eau, éclats de feu, ou bien de chair,
Les touches adviennent selon leur caractère
Pour vêtir ce fond nu et vierge qui espère.

La toile blanchie s’offre impatiente et docile
A la caresse exquise d’une brosse habile
Pour ramener enfin au regard confondu
Cette présence, de ce que l’on sait perdu.