Regard de moi

Pauvre corps engourdi encor lourd de la terre !
S’extirpant à grand peine, lambeaux de matière,
De son enveloppe sorti, tel dans un rêve,
Le voilà exsangue étendu, là, sur la grève.

Se sentant peu à peu libéré des replis.
Le torse qui frémit, de la vie se remplit,
Brut, indécis, dans ses mouvements ralenti,
Vient à cet état nouvellement ressenti.

La chose devenue homme, il s’est redressé,
Cherche confusément où, à qui, adresser
La question, unique, qu’il ne peut formuler.
Quel est donc ce réel où il est acculé ?

Question insistante, d’une réponse avide,
Qui naît on ne sait comment au milieu du vide.
Nul n’en pourrait dire l’origine inconnue.
A-t-il perdu la tête ou n’est-elle venue ?

Alors, d’en face, du visage, provenant,
Un regard se pose, que « je » sens maintenant.
Surgi de la glaise c’est ce moi qu’il observe,
Surgi de la chair, c’est moi-même qui s’observe.

Regard de moi, inquiet, en quête d’existence
Qui de son corps, de son être cherche l’essence.
Regard d’émoi, vois-tu de ce dessein les fins ?
Te reconnais tu, me reconnais tu enfin ?

La réponse n’est-elle pas là, déjà prête ?
Derrière le masque, physionomie discrète,
De cet ailleurs, infini de tous les possibles,
Flottent des vérités, pour mes yeux invisibles.